C’est certainement le dernier 14 juillet que je célébrerai en Serbie, après une séjour de plus de 3 ans. C’est l’occasion de dire ici un certain nombre de choses essentielles, qui résument la vision qu’a la France de la Serbie.
La France a confiance dans l’avenir de la Serbie. Ce n’est pas simplement en raison de l’amitié historique qui lie nos deux peuples. C’est surtout à cause des données objectives qui font de ce pays la véritable colonne vertébrale des Balkans occidentaux. C’est vrai si l’on regarde l’importance de la population, le potentiel économique, la situation géographique, les capacités administratives, la richesse de la société civile. Mais plus encore parce que le peuple Serbe, par son histoire, sa culture, a une âme. C’est ce que je me dis quand je vais au concert, quand je visite une exposition de peinture, quand j’entre dans une librairie.
Bien sûr, il y a des retards, hérités du passé. La corruption est encore répandue, l’économie est insuffisamment concurrentielle, l’administration est encore encombrée de trop de fonctionnaires inefficaces. Ces phénomènes, on les trouve dans tous les pays en transition. Mais ici, la transition a démarré 10 ans après la chute du mur de Berlin, le 5 octobre 2000 : dix ans donc de retard par rapport aux pays d’Europe centrale. Et le premier élan donné au pays par Zoran DJINDJIC a été brisé avec l’assassinat de ce dernier et ce n’est qu’aujourd’hui que le pays est reparti de l’avant.
C’est parce que nous croyons en la Serbie que nous avons foi dans son avenir européen et que nous travaillons à sa concrétisation. L’histoire, la géographie, les réalités économiques imposent cet avenir. Ceux qui prétendent trouver des alternatives sont simplement aveugles. Et, compte tenu des atouts que je viens d’évoquer, la Serbie a la capacité de s’intégrer à l’Union européenne. Son adhésion à l’UE sera un extraordinaire facteur de progrès, comme elle l’a été pour les pays d’Europe centrale. Que les sceptiques aillent faire un tour à Varsovie, à Prague ou à Budapest pour voir l’essor donné à ces pays par l’adhésion à l’UE.
Mais, j’entends dire : c’est long, on ne sait pas quand on finira par arriver au but, toutes ces conditions, c’est injuste, veut-on vraiment de nous ? On connait bien ce discours. C’est ce qu’ont dit, avant la Serbie, tous les pays qui frappaient à la porte de l’UE et qui y sont finalement rentrés. Comprenez que l’adhésion, ce n’est pas simplement une question de volonté politique et ce n’est pas une succession d’évènements médiatiques. C’est un processus, avec ses étapes, c’est un grand chantier, avec beaucoup de travail pour intégrer l’acquis communautaire. Avec des phases d’accélération, avec parfois des ralentissements. C’est comme cela que cela marche, et que cela a toujours marché.
On nous parle aussi de la « fatigue de l’élargissement ». Certes, l’Union européenne et ses états membres sont confrontés aujourd’hui à des défits, auxquels ils doivent faire face par priorité : la crise économique, le surendettement de certains Etats, les déficits budgétaires, d’importantes réformes à mener, comme celle du régime des retraites en France. Mais cela ne veut pas dire que nous abandonnions l’élargissement en direction des Balkans, et notamment de la Serbie, dont chacun, au sein de l’UE, sait bien que c’est le pilier de la région. Il faut être capable de regarder au delà du très court terme. A la conférence de Zagreb et celle de Thessalonique, dans de nombreux sommets européens, l’Union européenne, ses 27 états membres, se sont engagés en faveur de l’élargissement, au niveau des chefs d’Etat et de gouvernement. Ces engagements restent valables, fatigue ou pas fatigue.
Mais c’est vrai que sur la route de l’Union européenne, il y a une difficulté, le Kosovo, sur laquelle nous divergeons. Je comprends bien la sensibilité de nos amis serbes à cette question. Mais on doit à ses amis la vérité. Le Kosovo, avec son immense majorité albanaise, est indépendant, il n’aura pas de retour en arrière, c’est Milosevic qui a perdu le Kosovo. Et on ne peut imaginer que la Serbie puisse adhérer à l’UE en restant dans une relation antagoniste avec le Kosovo et que cette question reste comme une pomme de discorde entre la Serbie et les 22 Etats membres qui ont reconnu l’indépendance du Kosovo. Cela ne veut pas dire que nous demandons à la Serbie de reconnaître l’indépendance du Kosovo, comme condition de l’entrée dans l’UE. Nous connaissons ses contraintes. Mais cela veut dire qu’il faut trouver le moyen de normaliser les relations avec Pristina. Et nous sommes bien conscients que cette normalisation passe par des mesures assurant pleinement la protection de légitimes intérêts serbes au Kosovo : au nord de l’Ibar, dans les enclaves, les lieux de culte de l’Eglise orthodoxe serbe, sans oublier les réfugiés. Cela est possible, c’est le travail de la diplomatie. Nous serons prêts à y aider, même si la responsabilité principale est celle de Belgrade et de Pristina, parce que c’est l’intérêt des deux parties.
La place de la Serbie dans la région, l’Union européenne, le Kosovo, ce sont là des sujets essentiels, mais le plus important pour moi, reste la relation bilatérale. Celle-ci s’est beaucoup enrichie depuis deux ans, mais nous devons encore aller plus loin. Le Président Sarkozy s’est engagé à venir à Belgrade, lors de sa rencontre avec le Président Tadic, en mai 2009, il reste à trouver une date, et il est prévu de signer notre accord de partenariat stratégique à l’occasion de cette visite. L’impulsion donnée aux relations bilatérales s’est déjà traduite par plusieurs visites ministérielles, dans les deux sens, en particulier, celle de Bernard KOUCHER, le 1er mars, nous en préparons d’autres. La coopération se développe dans tous les domaines, notamment ceux de la défense, de la sécurité intérieure, de la santé. Nous avons fait un effort considérable dans le domaine des bourses universitaires et à la prochaine rentrée, une quarantaine de boursiers intégreront les universités et grandes écoles françaises, pour un cursus complet de 3ème cycle. Je les ai réunis récemment à l’ambassade : ils sont formidables, ce sont ces jeunes qui me donnent confiance dans l’avenir de la Serbie.
Il y a surtout les relations économiques, dont il est plus longuement question dans ce dossier. Dans mes fonctions d’Ambassadeur, c’est la priorité. Nous avons déjà une solide implantation des entreprises françaises dans ce pays, mais il y a beaucoup à faire pour promouvoir la Serbie auprès des investisseurs. C’est d’abord un problème d’image, et nous travaillons beaucoup pour expliquer que la Serbie d’aujourd’hui est sur la bonne voie et que demain elle intégrera l’Union européenne, ce qui constitue pour les entreprises l’incitation la plus forte à investir. Ce travail de longue haleine commence à porter ses fruits. Depuis la visite du Medef, en juillet dernier, grâce en particulier à l’action de la nouvelle Chambre de Commerce franco serbe, nous voyons beaucoup plus d’entrepreneurs français qui viennent étudier les possibilités d’implantation. Plusieurs projets importants sont à l’étude, la Société Axa – la plus grande société d’assurances en Europe, a annoncé son intention d’ouvrir à Belgrade son quartier général pour la région, la chaîne « Monsieur Bricolage » développe son implantation. Le mouvement est lancé et je suis sûr, qu’il va s’accélérer.
Finalement, comme l’a écrit un ministre que je connais bien, « l’avenir sera meilleur ».
C’est la conviction que je partage.